24 dic. 2014

Charles Baudelaire - Bohemios en viaje



Charles Baudelaire - Bohemios en viaje



La profética tribu de pupilas ardientes
Ayer se puso en marcha, llevando sus pequeños
A la espalda, o librando a su gran apetito
El lujo siempre listo de las tetas colgantes.

Los hombres van de a pie bajo armas relucientes
A la par de los carros donde otros se acurrucan,
Paseando sobre el cielo ojos entorpecidos
Por la triste añoranza de quimeras ausentes.

El grillo, desde el fondo de su cueva de arena,
Mirándolos pasar, redobla su canción;
Cibeles, que los ama, aumenta sus verdores,

Hace manar la roca, florecer al desierto
Frente a tales viajeros, para quienes se abre
El familiar imperio de futuras tinieblas.



Bohémiens en voyage

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire familier des ténèbres futures.


En Las flores del mal
Traducción Rodolfo Alonso
Imagen: © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS