26 abr. 2014

René Char – Exactitud de Georges de La Tour (bilingüe)





26 de enero de 1966

La única condición para no batirnos en interminable retirada era entrar en el círculo de la vela, mantenernos allí, sin ceder a la tentación de reemplazar las tinieblas por el día y su relámpago granado por un fruto inconstante.

Él abre los ojos. Es la luz del día, dicen. Georges de La Tour sabe que la carretilla de los malditos por todas partes está de camino con su taimado contenido. El vehículo se ha volcado. El pintor hace su inventario. Nada de lo que infinitamente pertenece a la noche y al sebo brillante que exalta el linaje de ésta interviene en ello. El tramposo, entre la astucia y el candor, con la mano tras la espalda, se saca un as de diamantes del cinturón; unos mendigos músicos luchan, lo que está en juego apenas vale más que el cuchillo que va a herir; la buena ventura no es la primera ratería de una joven gitana corrompida; el tocador de zanfoña, sifilítico, ciego, con el cuello salpicado de escrófulas, canta un purgatorio inaudible. Es la luz del día, el ejemplar contero de nuestros males. Georges de La Tour no se ha equivocado acerca de ello.



L'unique condition pour ne pas battre en interminable retraite était d'entrer dans le cercle de la bougie, de s'y tenir, en ne cédant pas à la tentation de remplacer les ténèbres par le jour et leur éclair nourri par un terme inconstant.

Il ouvre les yeux. C'est le jour, dit-on. Georges de La Tour sait que la brouette des maudits est partout en chemin avec son rusé contenu. Le véhicule s'est renversé. Le peintre en établit l'inventaire. Rien de ce qui infiniment appartient à la nuit et au suif brillant qui en exalte le lignage ne s'y trouve mélangé. Le tricheur, entre l'astuce et la candeur, la main au dos, tire un as de carreau de sa ceinture ; des mendiants musiciens luttent, l'enjeu ne vaut guère plus que le couteau qui va frapper ; la bonne aventure n'est pas le premier larcin d'une jeune bohémienne détournée ; le joueur de vielle, syphillitique, aveugle, le cou flaqué d'écrouelles, chante un purgatoire inaudible. C'est le jour, l'exemplaire fontainier de nos maux. Georges de La Tour ne s'y est pas trompé.



Justesse de Georges de La Tour 
Versión española de Jorge Riechman
Madrid, 1995
Foto: René Char en Busclats, 1986, by Serge Assier