26 may. 2011

Edmond Jabès (El Cairo, 1912 - París, 1991) - Canción del último niño judío







Mi padre está colgado de la estrella,
mi madre se desliza con el río,
mi madre resplandece
mi padre es sordo,
en la noche que de mí reniega,
en el día que me destruye.
La piedra es liviana.
El pan se parece al pájaro
y lo miro volar.
La sangre está sobre mis mejillas.
Mis dientes buscan una boca menos vacía
en la tierra o en el agua,
en el fuego.
El mundo es rojo.
Todas las rejas son lanzas.
Los jinetes muertos siempre galopan
en mi sueño y en mis ojos.
Sobre el cuerpo devastado del jardín perdido
florece una rosa, florece una mano
de rosa que no estrecharé más.
Los jinetes de la muerte me llevan.
Nací para amarlos.




Chanson du dernier enfant juif


Mon père est pendu à l’étoile,
ma mère glisse avec le fleuve,
ma mère luit,
mon père est sourd,
dans la nuit qui me renie,
dans le jour qui me détruit.
La pierre est légère.
Le pain ressemble à l’oiseau
et je le regarde voler.
Le sang est sur mes joues.
Mes dents cherchent une bouche moins vide
dans la terre ou dans l’eau,
dans le feu.
Le monde est rouge.
Toutes les grilles sont des lances.
Les cavaliers morts galopent toujours
dans mon sommeil et dans mes yeux.
Sur le corps ravagé du jardin perdu
fleurit une rose, fleurit une main
de rose que je ne serrerai plus.
Les cavaliers de la mort m’emportent.
Je suis né pour les aimer.




Versión de Jorge Fondebrider
Poesía francesa contemporánea 1940-1997
Buenos Aires, Libros de Tierra Firme,  1997
Foto: Sergio Gaudenti - Corbis